végétarisme plaisir

Végétarisme et plaisir

1.ENTRECÔTE & CHASSEURS-CUEILLEURS

J’ai récemment lu un article de Libération intitulé « Et le plaisir de manger de la viande? » qui m’a fait bondir sur mon siège. Photo de viande grillée à l’appui, l’auteur nous emmène dans des contrées lointaines, jusqu’à l’Odyssée d’Ulysse, pour évoquer le caractère ancestral et sacré de la consommation de la viande…La fameuse allusion aux chasseurs-cueilleurs, et à la consommation de viande qui soude un collectif, est de nouveau de sortie dans cet article, évoquant des rituels faisant appel à un imaginaire puissant et apparemment « pas près de disparaître ».
Sommes-nous des personnages de mythologie ? Vivons-nous en pleine préhistoire actuellement, avec la nécessité de chasser pour survivre ? Non, non, mille fois non, et je ne comprends pas qu’on puisse décemment publier un article pareil. Des milliards d’animaux sont tués dans des conditions abominables chaque année, la planète se meurt avec la 6ème extinction de masse des espèces, l’élevage intensif est responsable de 80% de la déforestation en Amazonie, et on vient me parler d’un plaisir égoïste et soi-disant ancestral ? Mais réveille-toi, auteur-de-cet-article-pourri !

La lecture de cet article a fait écho à une réflexion qu’un de mes amis a eue à plusieurs reprises au cours de discussions que nous avions au sujet du végétarisme ou du veganisme. Il s’agace beaucoup au sujet  des substituts aux produits carnés : burgers ou nuggets végétariens, et surtout les fromages végétaux. « Eh les gars, si vous voulez manger du fromage, mangez-en !! Mais arrêtez de dire que vous êtes contre et de vouloir à tout prix trouver des produits qui essaient de les reproduire ! » On sent qu’il ne comprend pas, et que ça l’énerve au plus haut point. Comme si toute cette histoire de végétarisme ou de veganisme n’était qu’une immense hypocrisie. Et je peux comprendre son point de vue : c’est vrai que refuser de manger du fromage et essayer à tout prix d’en retrouver la saveur peut paraître relever de la psychiatrie…mais on ne pense de cette façon raccourcie que si on raisonne par l’axe du PLAISIR IMMÉDIAT, quand on ne cherche pas à élargir sa vision du monde et qu’on voit les choses « par le bout de sa lorgnette ».

      J’ai trop envie d’une bonne entrecôte ⇒ je vais chez le boucher ⇒ je l’achète ⇒ je la mange.          C’est sûr, ce schéma est simple, rassurant et ne demande aucun effort. On satisfait une envie primaire sans se poser de questions et en ne pensant qu’à son plaisir. Pourquoi s’emm**der à manger un truc à base de soja quand on pourrait s’éclater avec une bonne viande du boucher du coin ?? Vu sous cet angle, le végétarisme/véganisme ne peut pas être compris et la consommation de substituts parait ridicule. Allez, laisse ton tofu et ton quinoa et viens manger des grillades avec nous !     

2. SAUCISSES DE tofu vs brocolis

La question à se poser ici est la suivante : pourquoi les vegans ne mangent-ils pas de fromage ?(ça marche aussi avec les végétariens et la viande ^^) Est-ce parce qu’ils n’aiment pas le fromage, ou est-ce à cause d’une autre raison ? Hum, mystère…Pour vous aider à répondre à cette épineuse question, je vais vous raconter ma vie et vous parler de brocolis (si si, vous allez voir, ça a un rapport…enfin j’espère).

Beurk…

Je DÉTESTE les brocolis : la texture, le goût, l’odeur, pour moi c’est juste impossible de trouver ça bon. Pour vous dire, quand j’en ai dans mon assiette j’ai l’impression d’avoir été punie…Donc, vous vous doutez bien que je n’en mange jamais, sauf quand mes filles réclament de la purée de brocolis…elles en raffolent…ça me désespère… Si personnellement je n’en mange pas, ce n’est pas par conviction anti-souffrance-des-brocolis, mais parce que manger des brocolis ne me procure aucun plaisir (voire même me dégoûte). Et est le point crucial. Quand on devient végétarien/vegan, ce n’est pas parce qu’on n’aime pas le goût des produits d’origine animale : c’est parce qu’on décide, en accord avec des convictions profondément ancrées, de ne plus en consommer. Sinon on est juste quelqu’un qui n’aime pas la viande/le poisson/le fromage, tout comme certains n’aiment pas le chocolat (c’est possible ça??!!) ou ne digèrent pas les poivrons et donc décident de ne plus en manger. Point.

Vous voyez où je veux en venir ?

La décision de bannir les produits d’origine animale de son assiette, voire de sa vie, relève d’une conscience aiguisée du monde dans lequel on vit, et de la catastrophe éthique, humaine (famine), sanitaire (mortalité cardiovasculaire, augmentation du risque de cancers…) et écologique que la consommation de produits d’origine animale représente. Lorsqu’on entame une telle démarche, on choisit de se priver de certains aliments pour vivre en accord avec ses valeurs et minimiser l’impact de son alimentation sur la vie et sur la planète. Il s’agit d’un acte altruiste, et qui demande des efforts, au moins initialement. Et dans la liste des aliments que l’on choisit de ne plus consommer, dites-vous bien que pour un bon nombre d’entre eux, on aimait bien les manger !

Oui, certains aliments nous manquent, et ça nous fait parfois bien plaisir de retrouver quelque chose qui s’en approche gustativement parlant, sans pour autant sentir que si on en mange on renie nos valeurs et nos engagements. Et quand on a des enfants, tenir dans le végétarisme n’est pas toujours facile parce que « Mamaaaan, on peut aller au Mc Do ? » (ben oui, le jouet c’est tentant, et puis les copains y vont, eux) « Je veux du poulet »« J’amerais bien manger des saucisses ». Personnellement, je n’ai pas envie d’éveiller de frustration chez mes filles, j’ai envie de leur faire vivre un végétarisme conscient et non subi. Je ne veux pas qu’à l’adolescence, elles passent leur temps à aller au Mc Do, au kebab (ou à se goinfrer de viande) parce qu’on les aura trop frustrées à les assommer d’interdits. Donc oui : burgers, saucisses de tofu et autres substituts facilitent grandement la vie ! Et même que parfois ça fait plaisir aux grands aussi :p

3. VIVE LES SUBSTITUTS !

Devenir végétarien/végétalien/vegan n’est pas une affaire de plaisir, de ce qu’on aime manger ou pas. C’est un difficile mais très stimulant engagement au quotidien, et sur le long terme. Il s’agit de remettre en cause notre alimentation, celle que nos parents nous ont transmise, que notre société approuve, et cela peut s’avérer difficile à vivre au quotidien et source de tensions. La mémoire olfactive, gustative a la peau dure et les tentations sont également fréquentes. Alors les petites choses facilitantes sont les bienvenues 🙂 Mais une chose est sûre, pour rien au monde je ne reviendrais en arrière…

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