vegetarien viande

Peut-on être végétarien et aimer la viande ?

Internet  regorge d’articles, vidéos, témoignages de végétariens ou vegan qui s’insurgent de se trouver autour de tables où l’on sert des morceaux de « cadavres » aux convives. S’offusquant de se trouver entourés de personnes si cruelles et insensibles à la cause animale. Et de fil en aiguille, le seuil de propos intolérants et culpabilisants, propices à des discussions et débats explosifs, est rapidement atteint.

Personnellement, je peux comprendre ce ressenti : il est vrai que la viande servie à table est issue d’un cadavre d’animal, ne nous voilons pas la face. Et avoir cheminé dans une réflexion, changé son mode de vie, peut rendre difficiles certains repas au cours desquels on peut vite se sentir seul, et incompris…voire consterné que les personnes qui nous entourent n’aient à ce point pas avancé ou réfléchi sur la question de la viande. Et il m’arrive aussi de pester intérieurement.

Etre végétarien, végétalien ou vegan en société est très difficile, car nous sommes vite la cible de clichés, vannes douteuses ou propos volontairement provocateurs. Mais est-ce qu’une attitude moralisatrice et culpabilisante va faire avancer le schmilblick ?

En d’autres termes : puisque nous sommes touchés et blessés par ce genre d’attitude offensante à l’égard des végéta*iens,  est-il « intelligent » d’en faire de même à l’encontre des carnistes ?

1. TOUT LE MONDE N’EVOLUE PAS DE LA MÊME FAÇON

Rappelez-vous vos repas il y a 6 mois, 1 an, 5 ans, quand vous ne vous posiez pas encore de questions au sujet de la condition animale, de votre santé ou de l’environnement. Quand manger un burger, une entrecôte ou des sushis était naturel pour vous et ne vous posait pas de problème. Etiez-vous un monstre d’égoïsme ? Un tortionnaire d’animaux ?

Je ne le crois pas…Vous n’aviez pas encore réfléchi à ce sujet, ce qui ne faisait pas pour autant de vous une mauvaise personne. Chacun porte avec lui une histoire personnelle, familiale, une sensibilité et une possibilité de réflexion et d’action qui lui sont propres. On ne peut pas tous avancer à la même vitesse. Rappelez-vous ce cycle de Prochaska, dont je vous avais parlé il y a quelques mois : face au changement, plusieurs étapes existent….et entre le moment où on ne se pose aucune question sur une habitude de vie (tabac, alcool, consommation de viande…) et le moment où ce changement est ancré dans notre vie, il peut se passer des années ! Avec de grandes avancées, des rechutes, des retours en arrières…bref, c’est les montagnes russes !!

cycle prochaska

  • la pré-contemplation : la personne n’a aucune pensée ou intention concernant le fait de devenir végétarien.
  • la contemplation : elle pense à arrêter de manger de la viande.
  • la détermination : prise de décision, il planifie l’arrêt de la viande
  • l’action : il est activement engagé dans le changement.
  • la maintenance : il a fait des changements, mais doit demeurer vigilant car une rechute est possible. Le sujet sort définitivement du cycle lorsque le changement de comportement est acté et maintenu durablement dans le temps.

    Inutile d’attendre de quelqu’un qu’il fasse tout le cycle en 5 minutes après que vous ayez défendu avec véhémence vos convictions ! Cela ne se produira pas…

2. ÊTRE FRONTAL EST CONTRE-PRODUCTIF

FORCER QUELQU’UN À CHANGER UN COMPORTEMENT EST VAIN

J’ai étudié au cours de ma formation médicale une technique d’entretien, qui s’appelle l’entretien motivationnel. C’est une approche qui vise à aider les patients à changer un comportement de santé néfaste pour eux, en travaillant leur motivation au changement.

Il a été clairement démontré qu’une attitude frontale, visant à « corriger » son interlocuteur, est totalement contre-productive : « Vous devez absolument arrêter de fumer ou vous allez avoir un cancer », « Je ne comprends pas que tu continues à manger de la viande… » 

Pourquoi est-ce contre productif ? Parce que cela va pousser la personne à défendre son point de vue, et cela va augmenter sa résistance au changement. Or la psychologie sociale nous apprend que lorsqu’une personne est amenée à défendre un point de vue, elle y est par la suite davantage attachée. Donc critiquer et blâmer une personne parce qu’elle mange de la viande va juste lui donner envie de défendre cela et non de se remettre en question.

LA CLÉ DU CHANGEMENT : L’EMPATHIE

A l’inverse, avoir une attitude emphatique et ouverte, peut vous faire déplacer des montagnes. Exposer son point de vue lorsqu’on y est invité, sans prosélytisme, ou agressivité, est un angle d’approche beaucoup plus sain selon moi. Et face à quelqu’un qui va affirmer haut et fort pourquoi il aime manger de la viande, se contenter d’explorer son discours sans jugement, en pointant de temps en temps l’air de rien son ambivalence l’engagera beaucoup plus facilement dans une réflexion (mais c’est une technique d’entretien un peu compliquée, qui nécessite d’y être formé, donc je vais m’arrêter là pour ne pas vous perdre en chemin…Vous êtes encore là ? 😉 )

Semer des graines est plus productif que distiller de la rancoeur : parler d’un nouvel aliment, faire goûter à ses amis ou invités une recette végétarienne sans être dans la revendication mais plutôt l’ouverture et le partage, sont pour moi des outils bien plus utiles que la moralisation à tout va.

3. PEUT-ON Aimer la viande et être végétarien ?

Oui, je sais, cette question est bizarre.

Mais voici la raison pour laquelle j’ai envie de la poser : j’ai lu récemment sur certaines groupes Facebook vegan des commentaires de personnes presque angoissées de ne pas être dégoûtées par la viande.

Des phrases de ce style : « Quand je vois de la viande, cela ne me dégoûte pas, et parfois cela me fait envie, est-ce que c’est normal? » 

Oui, c’est normal ! On ne devient pas végétarien, végétalien ou vegan parce qu’on n’aime pas manger de la viande, ou parce que ça nous dégoûte, mais parce que c’est une envie de vivre en accord avec une conviction : le désir de ne pas cautionner l’élevage intensif et la souffrance animale. Certaines personnes vont en être dégoûtées, et ce sera presque viscéral, mais comme je l’ai dit plus haut chacun est différent !

Il m’arrive parfois de saliver quand je me ballade sur le marché et que je sens des effluves de poulet rôti, quand ma grand-mère a préparé un petit plat pour toute la famille et que ça me rappelle des souvenirs d’enfance, quand un saucisson me passe sous le nez lors d’un apéro… Cela ne fait pas de moi une « mauvaise végétarienne ». Je n’ai pas arrêté de manger de la viande parce que je n’aimais pas ça. J’ai arrêté parce que cela est en désaccord avec mes valeurs. C’est la même raison qui me pousse à ne plus boire de Coca ou ne plus manger de Nutella, de produits contenant de l’huile de palme : si je ne cautionne pas la façon dont un produit est conçu, c’est simple, je ne l’achète plus.

4. DÉTENDONS-NOUS ! 

Voici le message que j’ai envie de vous transmettre aujourd’hui : relax !

Chacun avance à son rythme, avec son ressenti, et c’est très bien comme ça. Arrêtons de culpabiliser ou d’agresser les personnes qui consomment de la viande, soyons libres d’être tentés par la viande, dégoûtés par elle.

Il n’y a pas une façon d’être végétarien ou vegan, nous sommes tous uniques et c’est ce qui fait la beauté de la vie ! L’important est de cheminer en accord avec ses convictions, et d’entrer en relation simplement avec les autres. L’empathie est la clé du changement, non la moralisation. 😉

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11 thoughts on “Peut-on être végétarien et aimer la viande ?

  1. Comme je suis d’accord avec toi, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre !
    Quand je suis devenue végétarienne, un vegan m’a « rentré dedans » parce que je mangeais encore des produits laitiers et il a de la veine que j’étais motivée, parce qu’au lieu de m’arrêter à son agressivité, je suis allée chercher des renseignements par moi-même (d’ailleurs, il aurait pu mettre des liens pour s’expliquer). Et je suis devenue vegan 1 semaine plus tard, rien à voir avec lui, tout à voir avec les arguments que j’avais découverts. C’est pour ça que je n’ai forcé personne de ma petite famille à suivre ma démarche (ils se sont convertis tout seuls avec plus ou moins de temps), ni n’oblige mes amis/collègues à le faire : je préfère leur amener des petits plats vegans et leur montrer qu’en en mangeant, ils ne tomberont pas d’inanition et qu’ils pourront même trouver ça bon. Après, on peut discuter, dans le calme et l’ouverture 🙂

    1. Exactement ! Je suis tout à fait d’accord !
      Rien qu’hier je suis tombée sur un post FB « Etre végétarien ne sert à rien, juste à soulager votre conscience…être végétarien c’est meurtrier… »
      Ce genre d’attitude m’agace au plus haut point car ça n’est absolument pas constructif et cela ne motivera personne à changer ses habitudes !

  2. Approche de l’article très intéressante. J’adhère au message qui est de dire: « Relax ». Toutefois, je ne comprends pas bien ce besoin de catégorisation initiale: végétarien, vegan, végétalien etc. Je l’accepte, mais je ne le comprends pas.

    Je veux dire pourquoi vouloir entrer dans une catégorie en se disant vegan par exemple? J’ai la sensation qu’en faisant cela on entre implicitement dans une communauté, dans laquelle des règles tacites, des préceptes et des cadres sont établis. Si jamais on fait un petit écart, on est pointé du doigt aussi bien par les carnistes que les vegans, d’ailleurs. Les réseaux sociaux en font parfaitement état.

    Mais n’est-ce pas initialement, et comme tu le dis si bien, un choix personnel basé sur nos valeurs? (J’ajouterais nos goûts, ou croyances religieuses?) Donc on devrait pouvoir agir comme bon nous semble sans être stigmatisé, catégorisé, jugé ou même pointé du doigt par qui que ce soit, ni même nous…

    A mon sens, ce type de désignation crée des extrêmes, des idées reçues, des incompréhensions et de la résistance de parts et d’autres…

    Enfin ce n’est qu mon avis. 🙂

    Passe un bon dimanche

    1. C’est vrai que de se revendiquer vegan, ou végétarien, nous met vite dans une case, je comprends ce que tu veux dire.
      Et oui on doit pouvoir être libre de nos actes sans se sentir épié, et jugé au moindre « écart »

  3. Bonjour Amélie,,

    suis tout à fait d’accord avec toi, c’est aussi mon cas, j’étais une vraie bouffeuse de viande mais ma dissonance cognitive m a forcé à changer pour être en accord avec mes valeurs!
    mais effectivement, chacun évolue ou reste avec ses valeurs et ce n’est pas à moi de juger et de faire du prosélytisme

    merci pour ton blog. bonne journée

    1. Merci à toi Françoise, belle journée à toi !

  4. Je suis entièrement d’accord avec ton article. Je suis végétarienne et j’adore la viande. Je peux dire que je salive quand je sens un poulet rôtis et le plus dur pour moi reste le saucisson et le jambon. D’ailleurs, ce n’est pas facile de trouver des repas à faire avec mon compagnon qui mange de la viande. Quant à mes parents ils se braquent tout de suite quand je refuse de manger de la viande chez eux, ça finit toujours par des tensions. C’est fatiguant mais je tiens le coup.
    D’ailleurs, as-tu des suggestions à me faire, j’aimerai acheter des faux nuggets, faux cordons bleus et du faux fromage râpé sur Internet ? mais que ce soit bon pour les proposer à mon compagnon et comme ça nous pourrions manger le même repas. Merci

    1. En terme de faux-mages, j’avoue je n’ai pas encore testé, mais sur unmondevegan il y a un grand choix. Sinon, en terme de simili-carnés, j’aime bien la marque Cereal Bio que l’on trouve en supermarchés : leurs steaks soja/blé et nuggets sont super bons !

  5. merci pour la strategie….je l’utiliserai aussi pour tenter d’éloigner mes patients de leurs diverses addictions ! Pochaska, je ne connaissais pas!

  6. Bonjour,
    Toute nouvelle et aussi débutante!! Voilà je suis devenue végétarienne, enfin il me reste encore de nombreuses étapes! J’apprécie votre blog, il m’aide à avancer un peu plus dans mes choix et me conforter dans mes convictions. L’extérieur est encore difficile: hier soir, j’ai mangé chez des amis, j’ai pas osé leur dire que j’étais végétarienne, j’ai mangé de la tartiflette avec les lardons! Partagée ce matin entre la culpabilité mais aussi la conscience que je ne peux pas tout réussir. Le chemin continue… Merci pour les encouragements sur ce blog et les précieux conseils.
    PS: je n’ai pas réussi à télécharger le livre

    1. Oui voilà on ne peut pas être « irréprochable » tout le temps, surtout au début. Un point important pour réussir à assumer en dehors de chez soi, c’est d’en parler à votre entourage : comme ça ils pourront tenir compte de cela pour la prochaine fois 😉

      Pour le livre : c’est bizarre, ça fonctionne pour moi et quelques amis à qui j’ai demandé de tester. Avez-vous vérifié votre boite mail (je suis peut être arrivée dans les spams) ? Essayé avec un autre formulaire ?
      J’espère que cela va fonctionner…

      Et merci pour ce gentil message !

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