« Le paradoxe de la viande », un bel exemple de dissonance cognitive


La dissonance cognitive

Qu’est-ce qui se cache derrière ce terme un tantinet compliqué et rébarbatif de dissonance cognitive ?

La dissonance cognitive est une théorie élaborée par le psychosociologue américain Leon Festinger en 1957.

Selon cette théorie, lorsque nos actes entrent en conflit avec nos croyances et convictions profondes, nous ressentons alors un inconfort, que l’on appelle dissonance cognitive.

Voici un exemple de dissonance cognitive auquel je viens d’être confrontée. Je vous situe le contexte : une grande réunion de famille au restaurant,  4 types de menus commandés à l’avance par nos hôtes (surprise, pas de carte!), aucun végétarien dans l’assemblée bien au contraire, je n’avais pas anticipé cette sortie ou appelé le restaurant pour avoir un plat végétarien. Et là, je me retrouve face à une serveuse qui me demande si je veux « le boeuf, le poisson, le canard ou le poulet? » Visiblement seule la viande compte car on ne nous indique même pas de quoi les viandes sont sensées être accompagnées….

Conviction   « Je suis végétarienne et je refuse de cautionner la souffrance animale »

Comportement     » Euh…..Je vais prendre le poulet…[soupir] »  Bon et bien voilà un bien bel exemple de dissonance cognitive et de cris intérieurs refoulés !! Inutile de vous préciser que je n’ai pas DU TOUT apprécié mon repas !

viande-tue-poussin l214

Vous comprenez le concept ?

Le mental n’aimant pas du tout l’inconfort, il va tout faire pour réduire cette dissonance. Comment va-t-il s’y prendre ?

  • Changer de comportement, afin que ses actes et ses croyances soient en adéquation. Bien qu’apparemment évidente, cette option est la moins utilisée, car nous sommes en général réfractaires au changement et préférons mettre en place tout un tas de processus psychologiques nous permettant de rester dans le statu quo plutôt que d’emprunter la voie du changement. D’ailleurs je n’ai pas demandé à avoir une assiette sans viande…
  • Changer la croyance ou cognition, la rationaliser différemment, afin que notre comportement soit vécu comme plus acceptable : « Bon, oui, je mange de la viande aujourd’hui, mais dès demain je reprends mon régime végétarien. C’est exceptionnel…et puis on peut bien faire une entorse de temps en temps, non? « 
  • Réinterpréter le comportement : « Arf, tout le monde prend de la viande, si je demande à changer mon assiette je vais passer pour une emmerdeuse…Et puis ça fait plaisir à mamie de nous inviter, je ne voudrais pas lui faire de la peine. La meilleure chose à faire est de manger mon assiette de poulet. »

 

 le paradoxe de la viande

Je suis tombée récemment sur une vidéo très claire et très ludique à ce sujet, qui illustre parfaitement ce que l’on appelle « Le paradoxe de la viande ». Elle dure à peine plus de 3 minutes, je vous laisse la regarder et on se retrouve juste après.

 

Voici donc, très bien illustrés, un échantillon des processus en cours dans notre esprit lorsque nous mangeons de la viande. Comme moi, vous connaissez sûrement un grand nombre de carnistes qui ne feraient pas de mal à une mouche et seraient incapables de tuer un animal pour le manger…Comment font-ils alors pour apprécier leur entrecôte saignante ? Et bien leur mental a recours à ces stratégies permettant de diminuer la dissonance cognitive.

Il faut dire que l’industrie agroalimentaire est bien placée pour travailler dans ce sens : à coup de marketing et de publicité bien placée on croirait presque que les animaux sont heureux qu’on les mange !! En témoigne cette pub qui me choque profondément, et que vous avez certainement déjà vue :

Nous achetons du jambon, du rôti ou des filets de poulet sous cellophane, avec une jolie image dessus, et cela nous convient parfaitement. L’image de l’animal souffrant est complètement occultée au profit de caricatures grotesques, clichés champêtres et slogans racoleurs.

Et ne parlons pas du chemin de souffrance qu’est la vie des animaux d’élevage, ni de leurs conditions d’abattage : tout ceci est bien opaque, occulté de nos yeux et de nos pensées, afin que nous puissions manger des chicken wings bien tranquilles affalés dans notre canapé.

2016-poule-elevage-industriel-deplumee-800

J’ai tout de même l’impression que les campagnes de L214, filmant la réalité des abattoirs en caméra cachée, commencent à faire prendre conscience de la réalité de l’élevage industriel à une partie de la population. Bien que leur façon de faire puisse choquer, voire braquer certains esprits, au moins nous ne pouvons plus dire que nous ne savons pas ce qu’il se passe et que les animaux ne souffrent pas. Reste après le chemin le plus difficile à parcourir, celui du changement de comportement, avec ses aller-retour, ses grands moments de motivation et ses moments de doute.

Personne ne peut plus nier sérieusement et longtemps que les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour dissimuler ou pour se dissimuler cette cruauté, pour organiser à l’échelle mondiale l’oubli ou la méconnaissance de cette violence.   Jacques Derrida, philosophe.

pourquoi cet article ?

Il était pour moi super important de vous parler de ce sujet aujourd’hui, pour plusieurs raisons :

  • la dissonance cognitive sous-tend nos comportements, et c’est pour moi un concept très important à saisir. Cette théorie illustre bien nos petits conflits intérieurs et nos façons parfois un peu trop faciles de les résoudre en évitant bien de changer quoi que ce soit à notre mode de vie. Néanmoins, il est possible de décider de vivre notre vie différemment et en accord avec nos convictions profondes. Vous trouverez quelques clés pour avancer dans un de mes précédents articles Comment inviter le changement dans votre vie ?
  • Je voulais vous relater cet exemple du restaurant cité plus haut, car je n’en suis pas fière du tout ! J’ai créé ce blog pour vous parler de ma démarche, de mon cheminement, et partager avec nous mes succès comme mes échecs. Voici donc un bel échec sur un plateau !
  • Identifier ces moments de dissonance, ce qui s’est joué dans notre esprit à ce moment précis (et vous verrez, ces moments sont nombreux), et les analyser permet également de mieux se connaître et d’avancer plus sereinement. La prochaine fois que je serai invitée à ce type d’événement, je tâcherai d’anticiper la chose afin de ne pas me trouver en difficulté le moment venu.

J’espère que cet article vous sera utile, partagez-le si vous l’avez apprécié !!

 

Recherches utilisées pour trouver cet articledissonance cognitive vegan,dissonance cognitive viande

Published by

7 thoughts on “« Le paradoxe de la viande », un bel exemple de dissonance cognitive

  1. Bonjour,

    Très intéressant cet article, je ne connaissais pas du tout ce terme… Moi j’ai commencé à vouloir changer mon habitude alimentaire avec les récentes vidéos de L214…

    A bientôt.

    1. Et alors, as-tu commencé à modifier ton assiette ou est-ce que cela est encore à l’étape de réflexion ?

  2. Bonjour Amélie,

    Ton article reflète totalement ce que je vis depuis 3 mois de tentative de suppression de la viande dans mon alimentation. A la différence que ce n’est pas par conviction mais plutôt par connaissance des ravages de la viande ( et du sucre ) sur notre santé. Je souffre d’une maladie auto-immune et de divers symptômes attribués sans doute à un mauvais fonctionnement de mes organes émonctoires. Et pourtant rien y fait, les week-end je me jette tel une désespérée sur la viande. Je suis donc une flexitarienne qui ressent de la culpabilité dès qu’elle mange de la viande. J’espère tout de même avoir le déclic qui m’aidera définitivement à adopter une alimentation réellement physiologique.

    1. Bonjour Marie-Quéta,

      C’est sûr que ton changement d’alimentation semble un peu subi, pas facile d’adopter une nouvelle alimentation quand ce n’est pas par conviction.
      Ce qui pourrait t’aider :
      – faire le point sur ce qui te motive à être végétarienne, histoire de pouvoir te référer à ce qui te tient à coeur dans les moments de tentation. Je te conseille la lecture de cet article http://blog-devenir-vegetarien.fr/devenir-vegetarien-comment-inviter-le-changement-dans-votre-vie/
      – te faire plaisir, fouille sur le net tu trouveras plein de recettes végétariennes super colorées et sympa, ça te donnera peut-être plus l’envie ! 😉

      Et puis, si tu aimes vraiment la viande, pourquoi ne pas t’en autoriser de temps en temps ? Par exemple 1 fois par semaine, ou 1 fois par jour le week-end…? Ca enlèverait peut-être un peu de « pression » au départ, et libre à toi secondairement de diminuer ces repas carnés au fur et à mesure du temps

  3. J’ai mis mes motivations sur papiers et c’est vrai que ça me motive un peu plus. À voir sur la durée !
    Un facteur qui ne m’aide pas du tout, c’est que mon mari n’est pas du tout sensible à l’alimentation végétarienne, donc ce n’est pas simple. Je vais suivre tes conseils et arrêter de culpabiliser de manger de la viande les week-end et prendre ça plutôt comme un processus de transition.

    1. Avec plaisir !! Dis-moi si sur la durée cette petite astuce « motivation » t’aide à tenir tes engagements.
      Pour ton mari : cuisine-lui des plats végétariens à tomber, sans les revendiquer comme tels au départ. Et quand il se sera régalé dis-lui « Tu vois, on vient de manger végétarien ! » 😉

      Bon évidemment s’il lui faut une entrecôte ou autre à chaque repas ça sera un peu plus compliqué ^^

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *